Kinésiologie et pédagogie active…amies ou ennemies?

 

Chapitre 1. Enthousiasmes de créateurs

Paris, le 18 mai 2012

Je mijote dans la pédagogie « active », « de projet », etc depuis 25 ans. Après diverses expériences d’ateliers d’éveil musical dans la pédagogie active, quelques années d’enseignement du violon basé sur le projet personnel de l’élève, j’ai enseigné la technique vocale sur la même base pendant des années.

Puis, j’ai rencontré la kinésiologie. Les stages de kinésiologie en France sont basés sur l’application directe des outils de gestion du stress sur soi-même, chaque séance étant basée sur un objectif personnel, quelque soit l’outil que l’on apprend…

Les premiers cours de kinésiologie que j’ai suivis (touch for health) étaient dans la lignée de John Thie, dont l’objectif était de « permettre aux personnes de prendre soin d’elles-mêmes, afin de maintenir leur « droit de naissance divin » qu’est la santé  » (traduction libre de  (…)a strong resolve to find ways to empower people to care for themselves in natural ways that were in keeping with their God-given birthright to health(…). extrait de « History, Context And Vision for Touch For Health »  – John Thie, 2003.)

Après avoir mis au point sa méthode de « Toucher pour la santé (Touch for Health), et  l’avoir enseigné au Collège International de Kinésiologie Appliquée, l’incompatibilité d’objectif entre les professionnels et les « profanes » qui suivent les cours amène une conclusion douloureuse. Le Collège réserve son enseignement aux seuls professionnels.

Cette « récupération » de la méthode semble monnaie courante…. mais attriste profondément toutes les personnes qui souhaitent offrir leurs outils à l’humanité entière…

« (…)My original plan of having these methods available to every household was similar to the original goal of D.D.Palmer in the inception of chiropractic. He initially believed that every family should learn to use chiropractic in the home. The chiropractic pioneer H. Hurley, D.C. later wrote Aquarian Age Healing, a book for lay people to learn chiropactic methods. John Barton, developer of the BioKineseiology program, wrote Be Your Own Chiropractor, again attempting to promote the idea that chiropractic is something for every household, not just academically schooled, state licenced, professionals. As this « professionalization principle » repeats itself in massage therapy and Kinesiology, as a legitimizing function, it’s important to note the grassroots elements of the history. » extrait de « History, Context And Vision for Touch For Health »  – John Thie, 2003.)

Traduction (toujours libre…) : « Mon but originel qui était d’offrir cette méthode  pour améliorer la vie de chaque famille, était semblable à celui de D.D. Palmer, au début de la chiropraxie. Il croyait à l’origine que chaque famille devrait utiliser la chiropraxie à la maison. Le pionnier, H.Hurley, écrivit « La guérison à l’ère du Verseau », une méthode de chiropraxie pour tous. John Barton, qui a développé le programme de BioKinésiologie, a écrit  » Soyez votre propre chiropracteur », dans l’idée que cette méthode est pour tous les ménages, et pas pour des spécialistes diplômés d’État.  Comme ce système de « professionnalisation » se répète, dans la massothérapie et la kinésiologie, comme une tentative de légitimation,  il me semblait important de noter les fondamentaux de l’histoire. »

Chapitre 2. Désillusions

Choc de conscience. Il me semble que j’ai appris la kinésiologie par passion, par nécessité intérieure, et pas comme « débouché » professionnel (tant il semble évident dans ce genre de mot que trouver une place dans le monde est un horizon bouché… pourquoi?)

Aurais-je lentement glissé dans la nécessité de la légitimation?  Aurais-je cédé au mythe de Prométhée (qui désirait DONNER le feu aux humains, et s’est retrouvé enchaîné, à se faire dévorer  le (la) foi(e)?  Plutôt que de faire émerger les capacités (ressenti, prise de conscience personnelle, auto-correction, auto-équilibration, libération des talents), il se pourrait bien que mes séances de kinésiologie aient glissé subtilement, très subtilement, vers cette habitude pour mes clients de venir plus ou moins passivement chez le « sachant » (même s’il ne détient pas le savoir, le kinésiologue détient le test, le ressenti, la possibilité de VOUS équilibrer). Et pourtant,  je me rappelle que je concevais mon métier de pédagogue « actif » comme un « marchand d’outils » que l’on visite avec le dess(e)in de son projet.

« Aller mieux » est-ce que c’est un projet? Un besoin? Un désir? Qui sait mieux qu’eux? …Qui peut les guider quand ils sont perdus? Un thérapeute? Un guide? Un enseignant? Le « Test Musculaire » érigé au rang de « sachant »? Ai-je pris garde à ces nuances subtiles, moi le « testeur »? Ou suis-je si fière d’avoir des résultats que j’ai cessé de prendre garde à ma  démarche, en prenant tout simplement le pouvoir de tester et dire (ou non) à l’autre ce qu’il n’entend pas de lui-même?

Si cet « aller mieux » c’est tout simplement aller moins mal, puis-je me  contenter d’avoir soulagé quelqu’un de son fardeau? En quoi suis-je si différente de ceux que j’appelais ironiquement les  « soi-niants », qui vouent leur existence à soulager les symptômes du  corps physique, les symptômes émotionnels, ou même  les symptômes énergétiques. Les gens cessent de venir me voir parce qu’ils ne sentent plus leur inconfort, n’est-ce pas?  Mais alors où va le mal s’il n’a pu remplir sa fonction de « mal a dit »?

En kinésiologie, à force de se légitimer, j’ai moi aussi défini  l’humain comme une « banque de données complexe », et mes  protocoles comme des « logiciels d’ordinateur » hyper efficaces et perfectionnés. J’interroge le corps et considère  la parole comme accessoire. Le test musculaire est un indicateur de chemin, certes, une clé qui ouvre des portes, certes. Les gens qui vont de mieux en mieux bénéficient de mes outils mais j’en reste propriétaire.

Je loue mes outils et ceci fait de moi une « professionnelle ». Je consulte le test musculaire pour accéder à la « base de données » d’une personne… En quoi suis-je différente de Monsanto, qui stérilise ses graines pour que les paysans soient obligés d’en racheter à chaque fois qu’ils veulent planter? (Gloups, c’est un peu osé, ça…).

Chapitre 3. Scions…

Il est temps que je finisse de scier la branche sur laquelle j’étais assise depuis 20 ans… J’ai un peu trop dormi. Il n’y a pas de matelas en dessous mais je crois bien que des ailes vont m’en pousser de soulagement.

Non que les outils de la kinésiologie ne soient pas utiles, fantastiques, enthousiasmants, et j’en passe… Mais qu’est-ce que le cadre d’une séance, sinon la reproduction globale de l’image que tout le monde se fait d’une séance de thérapie (j’hésite encore à changer la comparaison pour le rôle de Luke Skywalker dans la guerre des étoiles…)

Je suis venu, j’ai testé, j’ai vaincu le mal. Tout le monde est content. On est quand même toujours assis (debout, couché…), concentrés sur un ou plusieurs « problèmes ».  On consulte quand même toujours celui qui a le pouvoir (le testeur)  pour se débarrasser de ces fameux « problèmes ». Même quand on arrive avec un « projet » (très rare), on s’occupe quand même en priorité des blocages, des stress, qui nous empêchaient d’arriver à nos fins. Il y a comme un relent de Walt Disney avec les bons et les méchants (et les sauveurs, j’oubliais…) qui m’irrite plutôt beaucoup.

En iconoclaste convaincue, je dirais que le côté un peu « bordélique » de la pédagogie de projet (la kinésio, c’est vraiment très sophistiqué) commence à me manquer. Les enfants plein de peinture ou en train de taper sur les poubelles pour faire du tambour, c’était nettement moins chirurgical, mais beaucoup plus marrant. Je suis efficace mais je m’ennuie, et ceci est un énorme ralentisseur de ma créativité.

Je crois bien que le pire, est qu’à force de ne plus faire confiance qu’ au test musculaire, donc à l’intelligence du corps, j’ai fini par oublier parfois de faire confiance aux êtres (pas aux personnes-alitées) et à leur multi-dimension (minéral, végétal, animal, humain, ange, archange…) pour se guider soi-même et grandir face aux situations. A force de nettoyer les « problèmes » on finit par croire qu’on ne pourra vivre tant qu’on aura pas résolu ceci ou cela. Bien sûr que ça marche… mais n’est-ce pas encore un sacré système de croyance qui nous enferme dans le jugement de nous-même, l’impuissance et l’insatisfaction concernant « là où nous en sommes »? Sommes-nous moins parfaits avec nos problèmes? Reportons-nous l’échéance de nous aimer et nous estimer au moment où nous serons « suffisamment » propres?

Ce récit ne concerne que moi. Les kinésiologues professionnels qui vouent leur vie à dégager les stress et les blocages musculaires, émotionnels et énergétiques ont tout mon respect. Ce n’est – juste –  pas ce que j’avais comme aspiration profonde avant de « m’embarquer » dans cette activité….

Chapitre 4. Retournons … au chaos originel!

Voici donc, pour les gens organisés, un petit rappel (wikipédia oblige) de la ….

Pédagogie de projet  : pratique de pédagogie active qui fait passer des apprentissages à travers la réalisation d’une production concrète.

Le projet peut être individuel (exposé, maquette) ou collectif (organisation d’une fête, voyage, spectacle). C’est une « entreprise qui permet à un collectif d’élèves de réaliser une production concrète, socialisable, en intégrant des savoirs nouveaux. »

Historique

Historiquement, la pédagogie de projet remonte au philosophe John Dewey. Mais l’idée (project-based learning) a vraiment été précisée par William Heard Kilpatrick, en 1918, dans un article intitulé The Project Method.

Les étapes de la pédagogie de projet

Choisir

Le projet doit être défini dans ses buts et objectifs.

Pour les enseignants tenant de l’éducation nouvelle, cette étape de choix fait partie intégrante du projet. Rechercher un thème intéressant, vérifier la faisabilité, rechercher un consensus dans le cas d’un projet collectif ont en eux-mêmes une valeur pédagogique importante.

Quand la démarche de projet est employée dans une pédagogie plus traditionnelle, cette étape est généralement réalisée par l’enseignant, qui propose un choix aux élèves parmi des thèmes qu’il a sélectionné.

Produire

Les élèves, ou les étudiants, vont mener à bien leur projet de façon autonome. Ils vont chercher les informations, essayer, analyser leurs échecs, leurs réussites, chercher encore jusqu’à ce que leur projet aboutisse. Les projets font émerger des besoins en termes d’apprentissage. Tout au long de leur travail, les étudiants sont amenés à faire le bilan de leurs avancées, en fonction des objectifs de départ. Il s’agit bien là d’auto-évaluation.

Chapitre 5. Qu’y a-t-il après ?

Être idéaliste, c’est fatigant… mais changer d’orientation tous les 10 ans c’est quand même modéré.

J’ honore mon chemin. Je remercie le conservatoire, l’université, l’école de kinésiologie, les professeurs de voix, de musicothérapie, de développement personnel, tous ceux qui m’ont enseigné, avec ou sans douleur.

Je veux retourner dans la vie. Me mettre au service du réveil des talents.

Comment? En commençant par reconnaître et honorer le talent en chacun.

On verra pour les techniques…

Ouvrir un magasin d’outillage  « bien-être » pour les « porteurs de dess(e)ins?

Comment être sûre de ne plus mettre en rayons des frigos aux esquimaux et des graines stériles?

Dès que je le sais, je vous le dis.

C’est promis.

Révision septembre 2011 —-> le magasin d’outillage est ouvert pour les porteurs de projets individuels!

les stages et évènements « dans le vivant » prévus sont :

Alchimie sonore (5 jours en novembre)

Evènement scénique (printemps)

La musique de votre vie (5 jours en juillet)

CALENDRIER

Les petits s'affairent pour vous
De nouveau au boulot! Avec le sourire!

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